Lettre de conjoncture n°12 (Avril 2019)

Publié par Fabienne TOKAY le

Chine : le ralentissement a-t-il réellement débuté ?

La Chine est aujourd’hui au cœur des interrogations des acteurs économiques de toute la planète. La santé de l’économie chinoise est aujourd’hui scrutée avec attention par de nombreux professionnels des marchés.

Les indices PMI d’activité manufacturière en Chine ont montré un rebond inattendu en mars. Celui calculé par Caixin/Markit est ressorti à 50,8 alors que les économistes l’attendaient inchangé à 49,9. Il a confirmé l’indice officiel, paru dimanche, qui s’est établi à 50,5 après un plus bas de trois ans à 49,2 en février.

La conjoncture en Chine, dans les prochains mois, pourrait avoir un impact sur la capacité de l’économie mondiale à inverser le ralentissement que l’on observe des deux côtés de l’Atlantique.

La croissance économique de la Chine a ralenti pour s’établir à environ 6,4 % en 2018, et cette modération devrait se poursuivre en 2019.

Cette baisse d’activité a été provoquée par des politiques visant à réduire à la fois les vulnérabilités financières et les risques de bulles d’actifs. L’endettement des entreprises demeure le principal risque pour l’économie chinoise.

Cet atterrissage en douceur de l’économie chinoise semble être une tendance structurelle à laquelle les économistes s’attendaient. Les 6,4% de croissance s’inscrivent dans une tendance longue de ralentissement économique. La faute à la guerre commerciale, mais aussi à la baisse de la demande intérieure et des investissements.

Les investissements, qui représentent plus d’un tiers du PIB chinois, ont généré des surcapacités de production. A cela s’ajoute un essoufflement de la croissance mondiale, ce qui provoque une baisse de la demande de produits chinois.

La consommation des ménages, qui représente les deux tiers du PIB, reste conforme aux objectifs, soutenue par une inflation relativement faible et par la hausse des salaires.

De plus, les effets d’un refroidissement du secteur immobilier devraient avoir un impact sur l’économie dès cette année.

Les autorités cherchent à enclencher une décélération contrôlée. D’ici 4-5 ans, atteindre un taux de croissance de 5% paraîtrait normal voire souhaitable.

En effet, le gouvernement chinois doit faire face à de nombreux freins structurels, dont un vieillissement rapide de la population, un excès de crédit et une perte de compétitivité dans les entreprises, qui diminuent l’efficacité des mesures de relance.

La Chine et les Etats-Unis mènent depuis quelques mois d’intenses négociations visant à mettre un terme à leur conflit commercial.

Toutefois, selon Washington, Pékin encourage le « vol » de la propriété intellectuelle américaine, tout en obligeant les entreprises étrangères à effectuer des transferts de technologies pour accéder au marché chinois. Cette guerre technologique semble être un frein à un accord durable entre les deux grandes puissances.

Si, hier, la Chine exportait principalement des produits de secteurs intensifs en travail, depuis 2000 elle accumule les succès sur les marchés de produits de haute technologie. La Chine, qui n’attire plus seulement les unités de production mais aussi des activités de R&D, pourrait menacer les positions scientifiques et technologiques d’un certain nombre de pays. Les produits qu’elle exporte vers les Etats-Unis sont principalement des produits à valeur ajoutée technologique : téléphones portables, ordinateurs…La Chine est aujourd’hui le premier exportateur mondial de produits TIC (Technologie de l’Information et de la Communication).

La Chine a bénéficié de l’installation de filiales de grandes entreprises japonaises, coréennes ou d’autres pays occidentaux qui ont délocalisé leur production de produits TIC et ont fait de la Chine un pays d’assemblage. La performance des exportations de la Chine est tirée par le faible coût de la main-d’œuvre locale, particulièrement attractif pour l’implantation des opérations d’assemblage des multinationales du secteur TIC. Elle reste en revanche absente dans les autres secteurs de haute technologie, comme l’industrie pharmaceutique ou l’aérospatiale.

La Chine est le troisième pays au monde pour le volume des dépenses de R&D, juste après les États-Unis et le Japon et entend bien jouer dans la cour des grands de l’innovation dans un avenir très proche et ce, dans de nombreux domaines.

La Chine a lancé en 2015 un grand plan baptisé « Fabriqué en Chine 2025 », destiné à faire du pays un géant mondial technologique, notamment dans la robotique, l’intelligence artificielle, internet, ou les télécommunications.

Le plan «Made in China 2025» est un programme de conquête technologique et géostratégique des autorités chinoises,

L’objectif chinois est de délocaliser son industrie à faible valeur ajoutée dans des pays à moindre coût de main d’œuvre et de concentrer ses efforts sur des secteurs stratégiques à forte valeur ajoutée : communication, réseaux ferrés, aéronautique, spatial, etc.

A court terme, cette ambition des dirigeants chinois se heurtent à l’obstacle de la dette.L’endettement global de l’économie chinoise reste extrêmement élevé (plus de 260 % du PIB).

La majeure partie de la dette est due par des sociétés, dont la plupart sont des entreprises publiques. Beaucoup d’entre elles sont des entreprises « zombies », c’est-à-dire aux prises avec des niveaux élevés d’endettement et de surcapacité, mais maintenues à flot parce qu’elles créent des emplois et de la production. En outre, la dette des entreprises est difficile à évaluer en raison du développement du système bancaire parallèle.

La dette publique pourrait également s’avérer plus élevée que ce qui a été officiellement rapporté, si l’on prend en compte dans le calcul l’augmentation du financement des collectivités locales par l’intermédiaire des véhicules de financement des collectivités locales.

Les anticipations sur la Chine pour 2019 restent pessimistes ; la croissance en 2019 pourrait descendre à 6,3%, ce qui serait son taux le plus bas en près de 30 ans. Une situation qui pourrait forcer Pékin à injecter de nouvelles liquidités pour soutenir l’économie, en plus des 83 milliards de dollars déjà accordés à ses banques le 15 janvier.

La Chine doit désormais faire face à de nombreux points de faiblesse qui vont avoir un impact négatif à court terme sur sa croissance comme les problèmes environnementaux ou encore le

poids des entreprises publiques dans l’économie ainsi que le vieillissement de la population qui conduit à l’épuisement progressif du réservoir de main-d’œuvre bon marché.

Face à cela, la Chine possède des atouts comme la montée en gamme progressive des chaînes de valeurs mondiales dans le cadre de la stratégie Chine 2025 et un secteur des services dynamique, tiré par les évolutions du commerce électronique.

La transformation de la Chine passe avant tout par une volonté politique affirmée.Xi Jinping est l’homme tout puissant au sein du parti. Il n’a pas annoncé de successeur. Il a aboli les limites présidentielles, ouvrant la voie à un mandat prolongé et consolidant encore plus de pouvoir sous une série d’organes exécutifs qui lui sont directement liés. « Xi Jinping Thought », une théorie politique, a également été inscrite dans la constitution ; celle-ci s’écarte clairement du consensus dominant au sein du Parti, qui jusqu’à présent favorisait la décentralisation du pouvoir.

Le Président Xi Jinping aura dans les mois à venir tout pouvoir pour infléchir la politique économique de son pays et faire en sorte que la croissance atterrisse en douceur.

Catégories : Notes économiques