Lettre de conjoncture n°26 (Juin 2020)

Publié par Fabienne TOKAY le

Et maintenant ?

L’angoisse de la crise est toujours présente. Les Français redoutent avant tout le chômage, la baisse de leur pouvoir d’achat et l’augmentation de la pression fiscale pour faire face au dérapage des finances publiques.

Bruno Le Maire estime à présent que le PIB de l’Hexagone devrait plonger de 11 % cette année. C’est bien plus que la chute de 8 % que le gouvernement anticipait précédemment.

Le confinement a bouleversé l’organisation et le marché du travail en France. Selon les estimations de l’OFCE, la fermeture administrative des commerces non essentiels a impacté directement 1,8 million de salariés et 330 000 indépendants La fermeture des écoles  a quant à elle empêché 1,6 million de salariés ou non-salariés de travailler.

Le nombre de chômeurs qui se sont inscrits à Pôle emploi en catégorie A (sans activité) a été de 843.000 en avril, soit une hausse de 22,6% par rapport au mois de mars qui avait vu lui-même une progression de 7%.

L’ampleur de cette vague de chômage rend encore plus urgente l’annonce par le ministère du Travail de son plan de soutien pour éviter que les entreprises n’engagent des vagues de plans sociaux. Le gouvernement entend multiplier les actions de soutien ciblées à une entreprise, un secteur économique ou une filière pour limiter au maximum les dégâts économiques et sociaux provoqués par la crise sanitaire. On peut citer pour exemples : le plan pour l’automobile, pour le tourisme, le prêt à Air France…

Un schéma global serait à l’étude : une aide publique contre l’engagement de l’employeur à conserver ses effectifs et à transformer son modèle économique. Force est de constater que certains secteurs risquent d’être durablement impactés, comme l’aéronautique ou l’automobile, avec des entreprises qui vont être confrontées à des sous-charges de 20 %, 30 % ou 40 % pendant six mois ou un an, voire davantage. Il s’agit de prévoir dans ce cas-là un accompagnement sur la durée, afin d’éviter les licenciements.

S’ajoute à cela un sujet qui préoccupe le gouvernement : la perspective d’une rentrée très compliquée pour les jeunes, diplômés ou non, qui vont arriver sur un marché du travail à l’arrêt, alors que des vagues de licenciement sont redoutées dans les prochains mois.

De plus pour les entreprises, le chômage partiel absorbe les coûts liés à la masse salariale mais aucun dispositif ne prend directement en charge les coûts liés au non-usage du capital productif. De nombreuses entreprises frappées par le choc économique lié au Covid-19 risquent de se trouver rapidement en faillite face au non usage de ce capital et des coûts qu’elles doivent supporter.

Pour que l’économie redémarre, il est important  que tous ceux qui produisent se remettent à produire, que les commerces soient ouverts et que les consommateurs se remettent à consommer.

Dans le cadre de cette reprise qui soulève encore de nombreuses interrogations et nécessite des ajustements la question de l’écologie se pose de plus en plus souvent

Près de 7 Français sur 10 craignent les conséquences de la crise sur la capacité de L’État à poursuivre son action en faveur de la transition écologique.

Plusieurs indicateurs étaient au vert : au premier trimestre, les immatriculations de véhicules électriques avaient grimpé de façon significative ; la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique augmentait ; les investissements verts étaient au beau fixe…

Après deux mois de confinement et une situation économique mondiale inédite beaucoup appellent à une transformation radicale de notre modèle économique, prenant en compte les impératifs liés au changement climatique. Selon Elisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique, la vieille opposition entre économie et écologie est dépassée.

Plus de quatre-vingt-dix dirigeants d’entreprises françaises et internationales appellent à une mobilisation collective pour faire de la relance économique post Covid-19, un accélérateur de la transition écologique.

Cet enjeu est important pour que les efforts réalisés ne soient pas anéantis par la crise sanitaire et les sombres perspectives économiques qui en découlent.

Il faut noter qu’en 2008 la relance économique a engendré une forte augmentation des émissions de CO2

Le succès de la transition énergétique se jouera d’abord et avant tout au niveau européen. Ursula von der Leyen, l’actuelle présidente de la Commission, a fait de la réussite du Green Deal , qui doit permettre à l’Union européenne d’atteindre le zéro émission nette à l’horizon 2050, l’un des axes majeurs de la réussite de son mandat.

Les objectifs affichés des grands dirigeants d’entreprises ainsi que de la commission européenne se focalisent sur les plans de relance à venir qui constituent autant d’occasions pour que les investissements nécessaires viennent renforcer les trajectoires de transformation.

Certains secteurs contribuent significativement à la préservation de l’environnement et devraient donc être privilégiés dans le déploiement des plans de relance européens. On peut citer :

  • le BTP avec la rénovation énergétique des bâtiments, le secteur de l’automobile et plus largement
  • les entreprises liées à la mobilité avec l’accélération des transports en commun et une transformation technologique accélérée de l’industrie automobile
  • et enfin les entreprises du secteur de la production d’énergies renouvelables

Toute accélération de ces secteurs par le biais d’aides ciblées serait créatrice d’emplois et contribuerait à la décarbonation.

Dans certains secteurs, l’urgence économique peut être aussi le moment de repenser les modes de production et les offres produits pour changer les modes de consommation. L’industrie automobile est un secteur très gravement touché par la crise sanitaire et l’effondrement de la demande de véhicules qui a suivi. Il s’agit de la pire crise du secteur depuis la création de l’automobile.

Le gouvernement et le secteur automobile vont donc avoir la lourde tâche de concilier reprise économique, préservation de l’emploi et préparation de la transition écologique. Le modèle économique de la voiture tel que nous le connaissons aujourd’hui risque de disparaître, mais il y aura de plus en plus de véhicules en partage ou en libre-service. De nouveaux emplois pourraient émerger de cette nouvelle forme d’utilisation des véhicules.

Le choc économique que nous ne mesurons pas encore totalement pourrait conduire à de nouveaux modes de production, de nouveaux modes de consommation, de nouveaux modes de transport, et de nouveaux modes d’approvisionnement. Ces sujets pourraient avoir des conséquences géopolitiques difficiles à appréhender actuellement créant de fait un environnement économique et financier très incertain.

Achevée de rédiger le 4/06/2020