ISR : la bonne conscience de la finance ?

Publié par Fabienne TOKAY le

Considéré comme la déclinaison financière du Développement Durable, les Investissements Socialement Responsables (ISR) ou Socially Responsible Investing (SRI) sont des investissements qui intègrent des critères extra-financiers de type environnemental, social et de gouvernance (ESG) à l’analyse financière classique. L’ISR a pour objectif de favoriser une économie responsable. L’essor du développement durable a poussé les marchés financiers à prendre de plus en plus en considération les informations extra-financières.

La loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE) de 2001 fixe pour obligation aux sociétés françaises cotées de prendre en compte dans leur rapport annuel, les impacts sociaux et environnementaux de leurs activités. Cette réglementation a eu pour effet de soutenir le développement de l’information extra-financière et de renforcer la notion de Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE).

L’épargne ou finance solidaire se distingue de l’ISR. Elle a certes un impact positif dans le domaine social et sociétal par son soutien à l’économie sociale et solidaire, mais elle ne garantit pas une prise en compte des critères ESG dans son processus de gestion.

Un article spécifique sera rédigé sur le thème de la finance solidaire

Les investissements socialement responsables s’imposent de plus en plus comme un produit financier à part entière.

La prise en compte de critères extra-financiers dans les choix d’investissements par les investisseurs remet en cause les modes de gestion reposant uniquement sur la recherche de performance financière.

Les différentes approches de l’ISR

L’approche négative ou d’exclusion

L’approche négative consiste à exclure de l’univers d’investissement des activités jugées immorales, comme la prostitution, l’alcool ou l’armement, ou pouvant prêter à controverse comme le nucléaire, le tabac ou les manipulations génétiques, etc.

Les fonds exclusifs tentent donc d’intervenir sur les marchés financiers au travers d’actions de boycott des valeurs ou des secteurs les plus controversés entraînant une décote de ceux-ci.

Les exclusions normatives consistent à exclure les entreprises qui ne respectent pas certaines normes ou conventions internationales, (droits de l’homme, convention de l’OIT, Pacte Mondial…), ou les Etats n’ayant pas ratifié certains traités ou conventions internationales.

Les exclusions sectorielles (ou éthiques) consistent à exclure des entreprises de secteurs d’activités jugées néfastes pour la société, comme l’alcool, le tabac, l’armement, les jeux d’argent et la pornographie pour des raisons éthiques, ou encore les OGM, le nucléaire, etc. pour des raisons environnementales.

L’approche positive ou sélective

L’approche positive est basée sur un ensemble de critères permettant de sélectionner des secteurs ou des entreprises qui réalisent les meilleures performances économiques, sociales et environnementales. Parmi ces critères dits « positifs » figurent entre autres le plus souvent le respect de l’environnement, des droits de l’homme ou des salariés.

Cette approche ISR consiste à sélectionner les émetteurs ayant les meilleures pratiques environnementales, sociales ou de gouvernance. La sélection ESG peut revêtir plusieurs formes :

– best-in-class : sélection des meilleurs émetteurs au sein de leur secteur d’activité, sans exclure ou privilégier aucun secteur d’activité

– best-in-univers : sélection des meilleurs émetteurs indépendamment de leur secteur d’activité, ce qui peut conduire à écarter les secteurs où toutes les entreprises sont mal notées ou au contraire privilégier ceux présentant en moyenne des entreprises aux bonnes pratiques ESG

– best effort ou pondération : privilégier les émetteurs qui démontrent une amélioration de leurs pratiques ESG dans le temps.

L’approche thématique

Les approches thématiques consistent à investir dans des entreprises actives sur des thématiques ou secteurs d’activité liés au développement durable tels que les énergies renouvelables, l’eau, la santé, ou plus généralement le changement climatique ou l’efficacité énergétique.

Ces approches offrent chacune des avantages et des inconvénients mais ne sont pas exclusives entre elles : les sociétés de gestion ou les investisseurs peuvent ainsi choisir de combiner plusieurs d’entre elles pour accroitre la qualité ESG et l’impact social ou environnemental des fonds.

Les sociétés de gestion développent elles aussi l’investissement responsable, en intégrant les critères ESG de façon transversale et en proposant des fonds ISR.

Bien qu’aujourd’hui ces produits soient encore peu proposés par les conseillers financiers, les investisseurs particuliers peuvent ainsi également jouer un rôle important dans le développement ISR en plaçant leur épargne, leur épargne retraite complémentaire ou leur épargne salariale dans des fonds ISR.

La Financière de l’Echiquier, Ecofi, Candriam ou Sycomore, parmi d’autres, sont des sociétés de gestion qui ont très tôt pris le virage de l’ISR.

Mythe ou réalité, simple accroche marketing ou réelle prise de conscience du monde financier ?

Parfois envisagé comme une alternative à la gestion d’actifs traditionnelle, l’ISR se veut être utile et populaire

Etre un investisseur responsable présage un engagement sur le long terme mais cela implique-t-il forcément de renoncer à la performance ?

Les actions menées par les entreprises en faveur des communautés ou de l’environnement ont eu un effet sur leur performance financière

L’ISR ne cherche pas à sacrifier le rendement au profit de vertus écologiques ou sociales, mais à aligner les intérêts financiers avec ceux du développement durable. Les entreprises sélectionnées par un fonds ISR peuvent ainsi être tout aussi rentables que leurs consœurs n’entrant pas dans ces mêmes critères. Plusieurs études académiques montrent que l’ISR ne réduit pas la performance financière.

Un décret de 2016 a créé le label « Investissement Socialement Responsable » (ISR). Ce label signifie que l’organisme dans lequel vous investissez respecte des critères alliant performance économique et impact social ou environnemental. Il a d’ores et déjà été attribué à près d’une centaine de fonds publics (sur plus de 1000 fonds revendiquant l’appellation ISR).

Il s’agit la plupart du temps d’organismes de placement collectifs investis en actions et en obligations. D’autres produits apparaissent progressivement sur le marché : des fonds de fonds ISR, des assurances vie investies dans des fonds ISR, ainsi des supports disponibles au sein de l’épargne salariale.

Il n’existe pas d’avantage fiscal particulier lié à la souscription de fonds ISR, le principal bénéfice porte sur la possibilité d’investir dans des entreprises dont les performances extra financières sont bien notées.

Comme pour toute gestion financière, le choix et le suivi du support est déterminant tant pour assurer la pérennité de la performance que pour vérifier que l’objectif ISR sélectionné est toujours suivi par le gérant.

La gestion ISR répond aux attentes des investisseurs désireux de mettre le développement durable au coeur de leur épargne.

Il ne s’agit ni d’un effet de mode ni d’un quelconque artifice marketing déployé par des sociétés de gestion. Les préoccupations écologiques et sociales peuvent efficacement être intégrées dans un processus de sélection d’entreprises sans pour autant sacrifier la performance financière à long terme.